Des patients au téléphone

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Nous avons tous un téléphone dans la poche (non mais allo quoi). Il y aurait pas mal de choses à raconter sur les médecins et leur téléphone, mais aujourd’hui je voudrais faire un petit inventaire de quelques patients avec leur téléphone. Je suis sûre que vous les avez déjà vus.

1-Celle qui avait le téléphone de garde.

Madame G., 72 ans, était hospitalisée en cardiologie à la chambre 8. Elle avait apporté un roman, ses lunettes et son téléphone. Modèle à l’ancienne incassable, qui passe juste des appels et qu’on peut faire tomber du 12ème étage sans conséquence aucune. Problème: c’était le même modèle que le téléphone de garde du CHU. Ainsi, à chaque fois qu’une personne de l’équipe médicale passait dans la chambre, tout en lui parlant, elle récupérait discrètement le téléphone, le supposant égaré par un collègue. La pauvre Madame G. devait à chaque fois se défendre contre ce « vol ». C’est mon téléphone!! Ah bon? Vous êtes sûre? Etc…

2-Celui qui raccrochait plus vite que l’éclair

Monsieur R., 52 ans, était hospitalisé en oncologie, aile nord. Il était souvent au téléphone. A chaque fois qu’une personne entrait dans sa chambre, que ce soit pour lui prendre la température, lui apporter un cachet ou lui faire un examen, il raccrochait précipitamment son téléphone sans même saluer son interlocuteur. C’était pour lui la moindre des choses, la politesse de base. Mais on entre souvent dans une chambre d’hôpital… et parfois pour juste trente secondes. Je pense à toutes ces conversations découpées, suspendues.

3-Celle qui ne raccrochait pas aussi vite, voire même pas du tout

Madame R., 65 ans, hospitalisée dans le même service, aile sud, passait elle aussi beaucoup de temps à discuter au téléphone. Et pour le coup, elle n’était pas du genre à raccrocher pour une broutille. Prise de sang? Pas de problème, d’un petit sourire et hochement de tête elle indiquait qu’on pouvait procéder, elle tendait son bras et tout en continuant à discuter recette de confiture. Tout se déroulait donc via le langage des signes: pas trop serré? demandait-on pour le garrot en chuchotant. Elle fermait ses paupières en disant non de la tête, montrant un pouce de son autre main: tout allait bien. D’ailleurs, quand madame R. n’était pas au téléphone, elle parlait beaucoup. Nous savions tous quelles confitures étaient sur la liste, l’astuce pour ne pas brûler la tarte aux pommes… il n’était pas toujours facile de ressortir de sa chambre et il est vrai que nous utilisions parfois de subterfuges pour nous échapper.

Note: un essai contrôlé randomisé qui étudierait l’impact du temps passé au téléphone sur la qualité du séjour hospitalier donnerait probablement raison à Madame R.

4-Celle qui y voyait de la magie

Nina, 5 ans, était hospitalisée en pédiatrie (logique me direz-vous), chambre 14 côté fenêtre. Ce jour-là, il fallait lui poser une sonde naso-gastrique. C’est un petit tuyau qu’on devait lui rentrer dans le nez pour qu’il aille jusque dans son estomac, pour l’aider à ne pas ne pas perdre trop de poids avec sa maladie. Autant dire qu’elle avait autant envie de nous laisser faire que d’apprendre la comptabilité. C’est là qu’on a dégainé le smartphone, directement sur une playlist vidéo des classiques de Disney. Et là, le visage renfrogné de Nina s’est mué en une expression hébétée, comme hypnotisée par l’écran. C’était le moment d’agir: hop dans le nez, ni vu ni connu. « Libérée, délivrée! » Délai d’action plus court que le Midazolam avec moins d’effets secondaires.

5-Ceux qui n’avaient pas de téléphone

C’était un couple : Monsieur T. et Madame J. En fait non, ce n’était pas un couple, Monsieur T. et Madame J. visitaient la France avec un groupe, et Madame J. était tombée subitement bien malade. Monsieur T. l’avait accompagnée aux urgences. Ils ne parlaient pas français et n’avaient pas de téléphone en état de fonctionnement. Il fallait pourtant prévenir la famille de Madame J. au pays. dire au groupe qu’ils étaient là. Après avoir tenté vainement de connecter leur appareil au supposé réseau wifi de l’hôpital (certains disent l’avoir vu mais il est communément admis que c’est une légende urbaine), je commençais à avoir vraiment envie de leur prêter mon téléphone. Mais je savais que ça allait râler côté blouses blanches: si on commence à faire ça, on s’en sort pas, c’est la porte ouverte à toutes les fenêtres, tu vas te le faire piquer etc. Malgré tout j’ai glissé l’appareil à Monsieur T. discrètement. Et Monsieur T. a disparu avec. Je m’occupais ailleurs mais c’est vrai que je pensais à ma situation ridicule: je m’étais peut-être fait voler mon téléphone comme une bleue. Alors que j’allais apporter une bandelette urinaire dans le lecteur automatique situé dans le vidoir, je me suis retrouvée nez-à-nez avec monsieur T. coincé entre le vidoir et la poubelle de déchets biologiques. Il parlait dans mon téléphone une langue inconnue. Je m’en suis voulue de l’avoir soupçonné. Avant de partir, Monsieur T. est venu me remercier au moins trois fois, il a noté mon nom et m’a dit qu’il dirai partout dans son pays que le docteur truc (moi) était un excellent docteur, tout en me souhaitant plein de choses fabuleuses pour mon futur comme médecin. C’était un peu trop, mais quand on est externe, tout est bon à prendre croyez-moi.

 

Voilà, c’est tout pour aujourd’hui. C’est les petits riens.

 

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Note: tous noms, âges, services, détails etc modifiés.

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