Un nouveau colospicomètre au Couvent Hospitalier Universitaire

Ce jour-là était un jour spécial au Couvent Hospitalier Universitaire: le service de chirurgie sidérale allait inaugurer le tout nouveau colospicomètre.
Frère Jean-Jacques des Conflits d’Intérêts avait travaillé d’arrache-pied à l’obtention de ce nouveau robot Hi-Tech tout en Intelligence Superficielle (IS).

Tout avait commencé au congrès 2018 de la SWAG (Sugery Worldwide Appreciation Group) où la start’up Michelangelo Inc. avait présenté un diaporama truffé d’animations colorées et de graphiques incompréhensibles -mais semblant très prometteurs- sur le colospicomètre. Les petits fours y étaient bien supérieurs à ceux de la cuisine du couvent et Frère Jean-Jacques en avait gardé un souvenir diabétique. Mais il fallait bien quitter les plages de sable fin de SWAG’18 pour revenir au couvent près des siens, car tel était son sacerdoce.

De retour au CHU, frère Jean-Jacques des Conflits d’Intérêts avait organisé un staff extraordinaire avec l’équipe de direction de l’Innovation Pointue pour présenter le colospicomètre. L’équipe était actuellement coordonnée par Sœur Marie-Thérèse des Étiquettes, garante de la faisabilité administrative des protocoles potentiellement innovants.

 -« Le colospicomètre a démontré sa supériorité dans le traitement de lapins licites aigüs dans deux études récentes sur 31 et 43 patients respectivement. Il est considéré comme le meilleur robot de sa génération, expliquait frère Jean-Jaques dans la petite salle.

Pourquoi utiliser un robot? Vous voulez nous remplacer, c’est ça? demanda Frère Robert des Laparotomies, chirurgien sidéral depuis 20 ans, blessé dans son ego.

-L’avantage du robot est qu’il vous évite d’avoir le moindre contact avec le patient et toutes ses sécrétions plus ou moins nauséabondes. Vous pouvez rester à plus de trois mètres du champ opératoire et demander aux infirmières de maintenir les bras du robot pendant l’opération. Cela viendrait compléter idéalement le robot que nous avons acheté pour faire l’accueil en salle d’attente.

Et combien coûte-t-il? demanda Soeur Marie-Thérèse en tapotant le bout de son stylo quatre couleurs au logo de Michelangelo Inc. sur la table (frère Jean-Jacques en avait distribué à toute l’équipe au début du staff).

Un peu plus de 500 000 eurodollars, répondit Frère Jean-Jacques

Mmmh… pour investir une telle somme, il va falloir faire quelques économies », pensa-t-elle.

Sœur Marie-Thérèse décida d’aller consulter Sœur Élodie des Brancards aux service d’Urgentissime médecine pour chercher quelques économies à faire. Son service était généralement un bon candidat pour cela, les médecins ne faisaient qu’y passer avant de partir ouvrir une bergerie en Ardèche après un bon burn out, ils étaient donc peu attaché à son budget. Sœur Élodie des Brancards remarqua que les externalisés utilisaient beaucoup plus de fil que nécessaire pour effectuer leurs sutures, on en retrouvait des bouts de dix centimètres de long dans les poubelles. Les internalisés, eux, mangeait des repas non destinés aux patients. Cela faisait déjà deux postes de dépense superflus qui pouvaient aisément être sacrifiés. Dorénavant les externalisés achèteraient eux-même le fil de suture (après tout, ils ont prononcé leurs vœux pour le CHU, il faut bien qu’ils montrent leur foi de temps en temps) et les internalisés pourraient laisser davantage de patients à jeun (soi-disant « au cas où on les opère ») afin de subtiliser leurs plateaux repas.

Sœur Marie-Thérèse s’arrêta dans la salle d’attente en ressortant et commença une quête auprès des patients. « Tout le monde doit mettre la main à la patte! » dit-elle à une vielle dame qui attendait depuis on ne sait plus trop combien de temps (de la poussière avait commencé à s’accumuler sur son fichu). L’homme assis à côté d’elle, dont le bras était visiblement cassé, trouvait la plaisanterie assez mauvaise. Malgré tout ils donnèrent quelques eurodollars, ne voulant pas risquer de représailles. On raconte en effet que Sœur Élodie des brancards aurait « oublié » un patient dans la réserve de matériel pendant deux jours après que celui-ci ait refusé de donner à la quête.

Quelques mois plus tard, après avoir supprimé les services d’algologie et d’addictologie (assez peu rentables selon la Direction), le chèque avait enfin pu être signé au siège de Michelangelo Inc. Sœur Marie-Thérèse des Étiquettes avait forcé sur le champagne et signé un zéro de trop, ce qui mettait le CHU dans le rouge pour quelques années, mais nous reviendront sur cet épisode une autre fois.

Les journaux locaux étaient venus pour interviewer le tout premier patient opéré par le colospicomètre.
Mme Gemal se remettait à peine de son opération dans son lit au 4ème étage du CHU lorsque le reporter du journal « Le Quotidien du Marabout » vint l’interviewer. Journal par ailleurs propriété du groupe PILULE qui possédait aussi 30% des parts de la société Michelangelo Inc, mais c’est probablement une coïncidence.

Alors, quelles sont vos premières impressions? demanda le journaliste.

Le colospicomètre est vraiment magique. Cela donne l’impression qu’on ne m’a même pas opérée! C’est bien simple: je n’ai toujours pas vu de chirurgien, et pourtant on m’a dit que j’avais bien été opérée! »

Sur ses bon mots, on pressa Mme Gemal de ranger ses affaires pour faire place au prochain patient. Elle avait en effet accepté de participer à l’étude GOOH (Get Out Of Here) et le protocole prévoyait de la faire rentrer à domicile à J1 (avec pour consigne de revenir en cas de flaque de sang dans le lit).

Encore une bien belle journée au Couvent Hospitalier Universitaire.

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