La médecine volante

SMURdessin

Une petite note sur le SMUR et ses SMURistes.

Ne dites jamais « j’ai fait une garde au SAMU où j’ai pris l’hélico », attention! Cela montrerait que vous êtes un bleu, un novice. Car le SAMU, c’est le Service d’Aide Médicale d’Urgence, ce sont les gens qui  vous répondent quand vous faîtes le 15 sur votre téléphone. Si vous prenez l’hélico, ou le camion, voire la petite 206, c’est du « SMUR »: Service Mobile d’Urgence et de Réanimation. Vous suivez?

Voici comment sont organisées les choses: une urgence qui semble médicale arrive (accident de la route, douleur dans la poitrine, bébé qui ne respire plus etc…), et quelqu’un fait le 15. Au standard d’appel du 15, un opérateur non médecin répond, il filtre. Si ça a l’air effectivement médical, il passe une médecin de la régulation. Celui-ci décide quoi faire: on envoie une médecin?  un infirmier? Combien de personnes, lesquelles, combien de véhicules, lesquels… tout ça c’est la régulation du médecin du SAMU. Une fois la décision prise, une alerte arrive au centre SMUR où attendent les équipes prêtes à partir avec les véhicules. Elles reçoivent un papier du SAMU indiquant sommairement où on va, qui on va voir, et pourquoi. Par exemple: Léon Dugrenier, 86 ans, détresse respiratoire, à domicile: 15 rue du vieux platane, résidence Les Orthensias, lieu dit « Le bosquet ». Les bips bipent, on enfile les gilets fluos, et l’équipe part aussi vite que possible.

Ce qui est intéressant c’est que l’on peut faire plusieurs combinaisons de soignants: médecin+externe, ou ou IADE (infirmier anesthésiste)+externe par exemple (mais il y a toujours un médecin si ce n’est pas juste pour un transfert d’un autre hôpital). Et l’ambulancière (-er). Donc la composition de l’équipe change beaucoup de l’ambiance « visite professorale » du service où l’on a deux médecins, sept externes, une infirmière, et où l’on passe trois heures à progresser péniblement sur 18 mètres.

Lors de ma première garde au SAMU, euh pardon, au SMUR, je suis arrivé excité comme une puce à l’idée de monter dans le camion avec mon gilet fluo pour sauver des vies (avouons que c’est un rêve de gosse).

Ce matin là, à peine entré au centre SMUR, même pas encore en tenue, l’externe de la nuit me passe son bip en train de biper en me suppliant: « tu peux y aller s’il te plaît? »

J’enfile ma tenue en quatrième vitesse et je file me placer sur le parking devant les camions. C’est parti pour la première « inter » (intervention). L’équipe: ambulancier, IADE, externe. On monte dans l’UMH (Unité Mobile Hospitalière), le camion quoi. Sur la route, on active la sirène et j’admire les voitures se ranger magiquement sur le côté (bon, pas toutes…). Sur le trajet, on discute, de tout, de rien. Je ne sais pas chez vous, mais chez nous les ambulancières et ambulanciers du SMUR sont des gens très cool. On parle rhume du petit, dernier tube à la mode, vacances prochaines. Ça y est on est arrivé. Je ressort la feuille: Mme L., une femme de 70 ans , crise d’épilepsie, résidence des Tulipes, bât B, 6ème étage.

-6ème étage? Au téléphone ils nous ont pas dit 2ème étage? demande Jean, l’infirmier. Il saisit la radio. « Allo? Oui c’est Jean, on y est, c’était quel étage? 6ème ou 2ème? » Puis il se tourne vers nous: « Ok alors finalement c’est bien 2ème étage mais bâtiment C. »

Pendant ce temps,  quelques personnes sortent des immeubles alentour, se penchent par la fenêtre « oh regarde y a le SAMU ».

Finalement nous partons vers le bâtiment C, 2ème étage avec un gros sacs à dos rouge et le scope. Une dame âgée en habit de religieuse nous interpelle au bas de l’immeuble: « Ah venez, venez, c’est par ici ». Nous montons dans les étages par les escaliers en béton et entrons dans un petit appartement exigu mais décoré avec beaucoup de soin, où nous attendent plusieurs religieuses. Napperons brodés, gravures accrochées au mur, bibelots religieux… dans cette toute petite chambre, une dame est alitée: sœur Odette.

« Bonjour Madame, c’est le SAMU!

-Ah bonjour!

-Alors comment ça va?

-Ah ça va très bien! merci! » répond-elle avec un grand sourire.

Cette dame allait très bien. Elle n’avait pas besoin de nous. Mais elle aurait pu avoir besoin de nous, donc c’était une bonne chose que l’on ait pu venir. C’est ça le SAMU. Quelle chance d’avoir en France d’avoir ce service disponible à tout instant gratuitement. Enfin gratuitement, pas exactement. Bien sûr les soins ne sont pas gratuits en France: ils sont remboursés, nuance. Et il y a toujours la part mutuelle. Apparemment, cette part, le ticket modérateur, est pris en charge pour le SMUR de certains départements mais pas pour d’autres.

Le SMUR c’est aussi l’attente. Passer deux heures à attendre que ça bipe, tourner en rond. On discute, on refait du café, on regarde les Jeux Olympiques (l’externe lui, révise ses cours). Et d’un coup, tout le monde bipe en même temps (sinon ce serait ps drôle).

Sur une intervention aux confins département, on avait le temps de tailler une bavette dans le camion. L’IADE  commencé à me raconter des histoires de SMUR. Il me racontait que les années ne font rien à l’affaire: un enfant qui meurt dans les bras, ça vous hante. Et puis il m’a raconté une inter’ sur un accident de la route qu’il avait fait quelques jours plus tôt. La voiture renversée. L’enfant de 7 ans coincée dessous. Il m’a raconté son intubation, son visage. Je ne vous donne pas davantage de détails pour vous éviter de repartir comme moi avec le visage virtuel de cet enfant, qui est venu me hanter à mon tour, même si je ne l’ai jamais vu. Les personnels du SMUR, comme les pompiers, ou les policiers, peuvent facilement se retrouver en stress post-traumatique après une intervention particulièrement bouleversante, le debriefing est essentiel.

En tous cas, j’ai tout de suite remarqué une ambiance radicalement différente du reste de l’hôpital au SMUR. C’est un endroit à part, avec sa cuisine, ses chambres, une ambiance familiale et chaleureuse. Tous les personnels travaillent ensemble, et pas à la chaîne de façon tayloriste comme ce qu’on observe souvent dans les services d’hospitalisation. Tous les personnels mangent ensemble: agent de nettoyage, infirmier, médecin, ambulancier, externe: tous à la même table. C’est plutôt rare dans les autres étages… Et comme par magie: pas d’humiliation de l’externe ici!

Et puis, le SMURiste sort du CHU. Il va chez les gens, il va n’importe où. Cela peut-être une barre d’immeuble, une bordure d’autoroute, un magasin, un trottoir, une maison de campagne… Le SMURiste est bien obligé d’être les deux pieds dans la réalité. Et bouger, cela maintien l’esprit équilibré.

Il y a une expression en anglais qui désigne le fait de devenir énervé et mauvais quand on reste enfermé trop longtemps au même endroit, on appelle ça le cabin fever. J’ai parfois l’impression que le personnel de certains services de l’hôpital souffre de cabin fever: à ne pas sortir assez, à être toujours dans le même hôpital depuis des années, on en oublie le monde réel et on devient un peu fou. Peut-être qu’il faudrait établir une semaine de médecine volante tous les 6 mois pour le bien être mental de tous les soignants? En périphérie, en cabinet, au SMUR, en maison médicale. Juste pour sortir un peu. (Oui je sais que c’est impossible)

Je vous laisse, ça bipe.

Remarques annexes:

1-Beaucoup de gens ont le réflexe d’appeler les pompiers (18) devant une urgence. C’est un bon réflexe, mais si l’urgence est vraiment médicale (c’est à dire nécessite l’intervention d’un médecin) cela peut être une perte de chance pour la victime par rapport à avoir composé le 15 en premier. En gros, accident de la voie publique ou incendie: 18; douleur de poitrine: 15. Voir ici quelques conseils du CHU de Toulouse sur les appels au 15.

2- Tous noms et détails modifiés.

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2 commentaires

  1. Hello
    J’avoue ne pas avoir tout lu (je sors de garde), mais :
    Une équipe smur primaire (donc ça exclu les TIIH) comporte réglementairement un médecin.
    C’est la loi depuis quelques années.
    J’ignorais que des primaires « médicalisés » par un externe existaient encore en 2018 en France ; en tous cas si ce billet se veut didactique il serait dommage de diffuser une notion qui est en fait contraire à la réglementation et aux pratiques de l’ecrasante majorité des SAMU-SMUR.

    Aimé par 1 personne

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