Les études médicales en Franchouillardie

BESTMédecin c’est mieux que sage femme, ophtalmologue c’est mieux que cardiologue, et gastroentérologue c’est mieux que médecin généraliste. Pourquoi? Parce que c’est plus dur à avoir au concours pardi!

Je ne sais pas si vous êtes au courant mais vous êtes la Nation Françaaaaise! Alors si en plus vous êtes étudiant en médecine, vous êtes carrément l’élite de la Nation Française! Mais oui, la preuve puisque vous avez réussi le concours PACES (Première Année Commune des Études Médicales), cela prouve que vous êtes un élu des Dieux.

Les gens retiennent peu de nombres dans leur existence. Le numéro de téléphone fixe de leurs parents, leur numéro de sécurité sociale, la date d’anniversaire de leurs enfants. Les médecins en retiennent un autre: leur rang de classement au concours de médecine. 25 ans plus tard, ils vous le diront: « je suis arrivé 47ème », la fierté dans les yeux, comme s’ils venaient de l’annoncer à leur mère.

Oh ils ne sont pas les seuls, on a le même syndrome chez tous ceux qui sont passés par un de ces grands concours pachydermiques des Grandes Écoles françaises. Ceux qui ont réussi le concours de Normale Sup’, Polytechnique, HEC ou l’ENA ne manqueront pas de vous le rappeler (avec leur rang) 25 ans plus tard. Ils s’attendront même à ce que vous ayez des égards particuliers pour eux juste pour ça. Il faut dire que ces concours sont traumatisants, humiliants, épuisants. Certains élèves y laissent même leur peau. Alors forcément ça marque. Toutes les formations élitistes des fonctions publiques françaises sont construites sur le même modèle: sélectionner les « meilleurs » avec des concours théoriques classants. Les premiers de la classe (on appelle ça « la botte » à Centrale, Polytechnique ou l’ENA) ressortent avec le meilleur poste (« le meilleur », sous-entendu le plus convoité, le plus rutilant).

Ce qui est bien triste c’est que le même principe est appliqué en médecine. On sélectionne à l’entrée avec le bien connu concours de médecine, mais ce que les gens savent moins c’est qu’il y a de nouveau un concours classant à la fin des études. Les premiers arrivés (« la botte » médicale donc) prendra les « meilleurs » postes d’interne, sous-entendu les plus convoités, les plus rutilants. Sauf que… les postes d’interne sont aussi variés qu’un panier de légumes bio. Comment comparer un poste en médecine du travail à Strasbourg et un post en Urologie à Brest? Les deux métiers n’ont rien à voir, les deux villes non plus, et surtout il y a des étudiants qui veulent être urologues et d’autres médecins du travail. Cette manie du concours finit par tout hiérarchiser:  médecin c’est mieux que sage femme, ophtalmologue c’est mieux que cardiologue qui est mieux que médecin généraliste. Pourquoi? Parce que c’est plus dur à avoir au concours pardi! Tristesse.

Cette obsession du grand concours anonyme est assez française. Quand on va à l’étranger et que l’on présente sur son CV que l’on a réussi un concours de Grande École, ou qu’on est arrivé 45ème au concours de médecine, ça ne marche pas très bien. Généralement les Universités étrangères ne comprennent pas nos concours hyper élitistes. Ils s’attendent à voir des expériences, des diplômes. Pas des rangs de classement d’un sombre concours.

Comment se passent les études de médecine dans les autres pays? On remarque quatre grandes différences:

1-On demande généralement aux étudiants d’étudier la médecine… mais pas que.

2-L’étudiant va avoir un entretien pour juger de ses motivations et exposer son parcours.

3-L’apprentissage clinique fait partie de l’évaluation.

4-L’étudiant passe moins de temps en stage à l’hôpital (paradoxalement)

En effet, en France, on peut tout à fait devenir interne en médecine sans jamais avoir présenté ses motivations à personne, sans avoir étudié autre chose que la médecine et presque sans avoir été évalué sur sa pratique clinique (puisque les notes de stage ne comptent pas pour le concours final).

Pour entrer en fac de médecine, l’étudiant français doit arriver dans les 10% les mieux classés aux QCM du concours PACES qui dure un an. Il peut le repasser une seule fois.

Aux Etats-Unis, avant de commencer médecine, il faut faire 4 années d’université (Bachelor’s degree). Il y a des matières à valider obligatoirement (Chimie organique, anatomie, stats etc) pour pouvoir postuler ensuite en Médecine, mais il est important aussi de choisir des matières autres (histoire, psychologie, art, informatique), qui pourront faire la différence sur le dossier. A l’issue de ces 4 années, l’étudiant passe le MCAT, un test standardisé QCM type PACES, et il obtient un score. Avec son score MCAT, son dossier de ses 4 années d’études, son parcours personnel (bénévolat, écriture, que sais-je), sa lettre de motivation, il se présente aux entretiens des universités de Médecine. Environ 45% des étudiants qui se présentent sont admis à continuer. Ensuite c’est 4 ans d’études de médecine.

Le principal point noir des études de médecine américaines (outre qu’elles semblent au moins aussi stressantes que les nôtres, avec des taux de suicide qui dépassent toutes les autres formations), c’est leur prix bien sûr. Néanmoins, cette phase « pre-med » qui consiste à étudier autre chose avant de commencer, est intéressante.

En Allemagne, il faut avoir une note excellente au bac (Abitur). On constitue alors un dossier avec lettre de motivation, et parfois un test standardisé (qui donne une note), et on se présente aux différentes universités de médecine (qui durent 6 ans comme nous).

Il y a donc une part plus active de l’étudiant.

Au niveau de la formation pratique, la France bat tous les records pour la présence de l’étudiant à l’hôpital. Pour pouvoir postuler à un poste d’interne, l’étudiant hospitalier doit avoir accompli au moins 36 mois de stage à l’hôpital, dont un petit mois en cabinet hors hôpital. Cela correspond aux trois dernières années d’étude. Dans certaines universités, ce sont même les quatre dernières années, soit 48 mois.

En Allemagne, c’est 16 mois de stage, 12 mois la dernière année d’études, et 4 mois de stage qui peuvent être en cabinet avant cela. Aux Etats-Unis et au Canada par exemple, les stages cliniques ont lieu les deux dernières années et durent environ 70 semaines, soit 18 mois.

Ces étudiants étrangers passent donc environ deux ans de moins que l’étudiant français à l’hôpital. Problème, les étudiants hospitaliers français ne sont traditionnellement pas ou mal encadrés dans leur stages et sont traditionnellement utilisés pour boucher les trous: brancarder, envoyer des fax, prendre des rendez-vous, faire le café… La tradition est même de garder un externe « pour rien » à l’hôpital, en l’empêchant d’aller réviser ses examens, mais sans lui permettre non plus de faire quoi que ce soit dans le stage. Si les stages étaient correctement organisés, ils pourraient être réduits et la formation n’en perdrait pas en qualité. Par contre le rite de passage de l’externat perdrait un peu de piquant bien sûr…

Pour conclure (car les partiels approchent), je suis tombé sur cette interview par le site Remède.org d’une étudiante allemande venue en France en Erasmus, qui en dit long sur la façon dont on peut observer nos études médicales élitistes quand on a un peu de recul:

« Ici, je rencontre tous ces étudiants, stressés, obsédés par leur concours de l’ECN, c’est incroyable. […] Je suis en 4ème année, et j’ai fait des études de psychologie avant de commencer. Nous sommes à l’hôpital de façon périodique, avec des examens réguliers pour valider nos compétences cliniques.

[…]J’aime la France, mais je ne pense pas travailler dans ce pays. Certes les médecins sont bien payés mais au détriment de qualité de vie. Je n’ai toujours pas compris pourquoi les médecins généralistes n’ont pas d’infirmier(e) dans leur cabinet (rires).
Je suis vraiment heureuse de ne pas avoir fait mes études de médecine ici. C’est un vrai calvaire. « 

Un commentaire

  1. Aux US c’est la foire aux concours ! MCAT, puis STEP 1, et ça continue STEP2, STEP3. Ce qui est marrant c’est qu’ils partagent pas mal de caractéristiques communes avec la P1 : une énorme quantité de connaissances, pas toujours en lien avec le pratique clinique, une importance capitale sur son cursus, un terrible stress, très peu discriminant.. Enfin la lettre de recommandation favorise les personnes bien nées et obligent à faire du lèche-cul à tout va. Les activités extra-scolaires ? une ribambelle de sociétés facturant 5000€ l’expérience s’en occupent.

    En Angleterre, dorénavant la quasi totalité des universités ont également recours à un concours d’entrée (UKCAT). La sélection sur dossier favorise ceux qui ont eu un parcours sans faute durant toute leur scolarité, alors même que l’adolescence est une période pleine de bouleversements. De plus cela revient à évaluer les gens sur des matières qui n’ont rien à voir avec la médecine (alors que la paces, pourtant beaucoup plus proche de la réalité, est critiquée sur ce point).

    Dans certaines fac anglaises les étudiants sont en stages tous les jours à plein temps. La théorie doit s’apprendre le soir et le week-end. Oui on ne leur demande pas de brancarder mais en contrepartie ils sont très peu intégrés dans le service et on a l’impression de ne servir à rien du tout. On n’est « responsable » d’aucun patient.

    Oui il y a des aberrations dans l’enseignement de la médecine en France mais croire que rien ne va et que c’est mieux chez tous nos voisins est une erreur.

    J'aime

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s